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mercredi 28 mai 2014

L'Islande va effacer une partie de la dette des ménages

Pays le moins médiatisé de l'Europe, l'Islande continue pourtant a faire parler d'elle hors des médias "mainstream" et déclare effacer une bonne partie de la dette des ménages islandais, qui s'élève à 108% du P.I.B., ce qui est encore de trop pour le nouveau gouvernement centre-droit de la petite île, menacée par les "agences de notation" et les institutions telles que la troïka €uropéenne (F.M.I., B.C.€ et Commission €uropéenne).




L'Islande continue à tracer sa propre voie hors de la crise. Avec des moyens toujours plus hétérodoxes. On se souvient que le pays, frappé en 2008 par une crise financière d'une ampleur sans précédent, avait mené une politique impitoyable contre les banques et s'était appuyé sur une dépréciation de près de 20 % de la couronne pour retrouver plus rapidement la croissance.

Croissance en accélération

Non sans quelques succès du reste, puisque, en 2012, l'île nordique a connu une croissance de 1,4 % supérieure à celle des principales économies européennes et que, cette année, la croissance devrait encore accélérer à 2 % et atteindre 2,5 % en 2014. Mais le nouveau gouvernement du pays, élu en juin, veut aller plus loin et a annoncé un plan d'annulation de dettes des ménages de quelques 80 milliards de couronnes, soit près de 500 millions d'euros.

Déjà 1,2 milliard d'euros de dettes annulées

Certes, l'Islande est habituée aux restructurations de dettes. Les banques ont déjà annulé depuis 2008 pas loin de 200 milliards de couronnes (1,2 milliard d'euros) de crédits aux ménages, notamment ceux libellés en devises. Mais l'endettement des ménages représente encore 108 % du PIB de l'île, ce qui, pour le gouvernement de Reykjavik est encore trop, notamment parce que cela réduit l'épargne et, finalement, l'investissement des entreprises.

Annulation de dettes pour chaque ménage

Le gouvernement de centre-droit du premier ministre Sigmundur Gunnlaugsson a donc décidé de mettre en place à partir de la mi-2014 une réduction des prêts indexés sur l'inflation accordée aux ménages de près de 24.000 euros. Ceci représenterait, selon les calculs du Ministère des Finances, une baisse moyenne de 13 % de l'endettement des ménages. Ces prêts s'étaient beaucoup renchéris avec l'inflation des années 2010 et 2011.

Incitations fiscales au remboursement

L'effacement de la dette prendra 4 ans et sera accompagné d'une incitation fiscale s'il utilise ses assurances retraite pour rembourser une partie de sa dette. En tout, l'ensemble des mesures en faveur de l'allègement de la dette des ménages atteint 150 milliards de couronnes, soit 930 millions d'euros. La somme peut paraître faible sans l'absolu, mais il s'agit de 9 % du PIB islandais.

Comment financer ?

Ce plan était un point fort du programme gouvernemental du centre-droit avec l'abandon des négociations d'entrées dans l'UE et la zone euro. Mais le gouvernement n'a pas indiqué encore de programme de financement clair, mais il a promis que le montant de l'annulation de dette sera pris en charge par le budget. Lequel, affirme le ministre des Finances, ne sera pas déséquilibré par la mesure.

Faire payer les banques et les créanciers étrangers

En réalité, deux pistes sont régulièrement évoquées pour ce financement. La première est une « taxe sur les transactions financières » qui frapperait les banques. Lesquelles « paierait » ainsi le remboursement anticipé des créances sur les ménages islandais. La seconde - non exclusive de la première - serait une contribution des créanciers étrangers des banques islandaises. Ces derniers sont principalement des hedge funds qui ont acquis ce papier dévalué pour une bouchée de pain.

S&P et le FMI menacent

Ces deux méthodes déplaisent fortement aux institutions internationales qui y voient à la fois un précédent dangereux, un risque pour l'attractivité internationale de l'Islande et une menace pour les finances publiques. Le FMI avait ainsi mis en garde contre l'absence de « marges de manœuvre » budgétaire de l'Islande. Les trois « grandes » agences de notation ont fait de même. S&P a même prévenu qu'il pourrait dégrader la note de l'île nordique, actuellement à BBB-, ce qui la ferait retourner dans les « obligations spéculatives. »

Le pari de Reykjavik

Plus que jamais, donc, l'Islande poursuit dans une voie qui ne suit guère la logique des « plans d'ajustement » habituels. Certes, cette voie n'est pas sans risque. Si le déficit budgétaire dérape, si le système bancaire se grippe entièrement, le pays pourrait avoir de réelles difficultés de financement. Mais le calcul de Reykjavik est différent : le pays dégage depuis le deuxième trimestre, un excédent courant. L'éventuel déficit budgétaire pourra être comblé par des rentrées fiscales supérieures et financé par les liquidités libérées par ce plan de remise de dettes. Alors, la défiance internationale - qui est de toute façon déjà une réalité - n'aura pas d'impact majeur. Et l'Islande pourra reprendre son redressement allégée d'une dette qui risque d'étrangler la reprise de plusieurs pays de la zone euro.

 Sources:

vendredi 16 mai 2014

Les Nations unies se penchent sur le cas des robots soldats

On va bientôt arriver à l'ère de l'omniprésence des machines. Ça commence avec des drones, des ordinateurs sachant battre Kasparov aux échecs, mais il y a un domaine que l'on n'ose pas aborder tellement cela paraît surréaliste: le domaine militaire. Réalité ou science-fiction, les Nations-Unies se posent la question...




Qu’est-ce qu’un robot? Le Larousse en donne la définition suivante : « Appareil automatique capable de manipuler des objets ou d’exécuter des opérations selon un programme fixe, modifiable ou adaptable ». Il s’agit-là de bien préciser l’enjeu des travaux de la Convention des Nations unies sur l’interdiction des armes inhumaines, qui se tient jusqu’au 16 mai à Genève.

Ce n’est pas encore évident pour tout le monde mais, par exemple, un drone comme le MQ-9 Reaper, dont il est souvent question quand des groupes jihadistes sont la cible de frappes aériennes dans les zones tribales pakistanaises ou au Yémen, ne sont pas des robots dans la mesure où ils sont pilotés à distance et que la décision de lâcher un missile Hellfire revient à son opérateur. Si un tel engin était autonome, c’est à dire programmé pour effectuer certaines tâches (par exemple larguer une bombe quand il repère des barbus, qu’ils soient d’al-Qaïda ou des ZZ Top), alors le cas serait différent.

Les militaires ont de plus en plus recours à des robots, notamment pour effectuer des tâches logistiques ou bien des missions de déminage. Cette tendance risque de s’accentuer dans les années qui viennent, à cause, selon un récent rapport du Center for a New American Security (C.N.A.S.), un centre de réflexion américain, de l’augmentation du coût des systèmes de combats « habités » et de la compression des budgets militaires occidentaux (avec les déflations d’effectifs à la clé).

D’où la possible tentation d’une fuite en avant dans ce domaine. « Les véhicules aériens et terrestres téléguidés seront bientôt remplacés par des systèmes plus autonomes dans tous les domaines (air, mer, marins, terrestres et spatiales) et dans toute la gamme des opérations militaires », est-il estimé dans le document du C.N.A.S. « Les Etats-Unis auront recours à ces systèmes par nécessité opérationnelle et aussi parce que les frais de personnel et de développement des plates-formes traditionnelles de combat avec équipage augmentent à un rythme insoutenable », y est-il écrit.

Sera-t-il question, dès lors, de robots soldats, comme ceux annoncés par certains auteurs de science-fiction? L’on n’en est pas encore là mais, toutefois, des systèmes autonomes existent déjà, comme l’Iron Dome israélien, capable de discriminer et de détruire de manière autonome des roquettes en fonction de leur dangerosité. Idem pour le MK Phalanx américain. En Corée du Sud, Samsung a développé le robot « Sentinella », capable de détecter la présence d’intrus et de leur faire des sommations. Mais l’ordre de tir doit lui être donné par un homme.

Cela étant, un robot « tueur » contreviendrait aux règles de la robotique énoncées par Isaac Asimov (1- un robot, doté d’une intelligence artificielle ne peut porter atteinte à un être humain. 2- il doit obéir aux ordres, sauf si ces derniers entrent en conflit avec la première régle)… Mais ces dernières ne constituent pas une garantie absolue. D’où la conférence des Nations unies, qui abordera les questions juridiques et éthiques liées à l’utilisation de telles machines sur un champ de bataille. Utilisation contre laquelle plusieurs voix se sont élevées.

Prix Nobel de la Paix en 1997, Jody Williams milite pour l’interdiction de ces robots « tueurs ». « Il est inconcevable que l’être humain transfère la décision de tuer à des machines », estime-t-elle. Le directeur de Human Right Watch, qui a diffusé un rapport en novembre 2012 sur ce sujet, a quant à lui dit espérer un « début de  processus » qui « aboutira à l’adoption d’un nouveau traité international interdisant ces armes ».

« Le jugement humain reste indispensable pour toute décision concernant le recours à une arme mortelle », qu’ »il s’agisse d’une situation de guerre ou d’application de la loi », a-t-il aussi affirmé. « Les gouvernements doivent les interdire préventivement dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il ajouté

Le Comité international de la Croix-Rouge (C.I.C.R.) soulève « les implications profondes des armes entièrement autonomes pour le futur de la guerre » et a demandé aux gouvernements « d’examiner tous les aspects juridiques de ces armes pour être sûrs qu’elles soient utilisées en accord avec le droit international humanitaire ».

« De sérieuses inquiétudes existent sur le fait de savoir si les armes entièrement autonomes peuvent procéder à des jugements complexes et dépendant des circonstances, par exemple distinguer entre un civil et un combattant, ou annuler une attaque ayant des effets disproportionnés sur les civils », a ainsi fait expliqué Kathleen Lawand, chef de la division armement du C.I.C.R.

Sur la question de la responsabilité de l’emploi de telles armes, le général Yakovleff  a apporté un début de réponse dans son livre « La guerre robotisée » (Economica) en se fondant sur les lois de la robotique d’Asimov.

« Quelle que soit la complexité des algorithmes qui détermineront le comportement des robots, la responsabilité humaine restera pleinement engagée, au moins à trois niveaux : le concepteur et notamment celui qui a orienté l’intelligence artificielle; le chef tactique, qui a décidé de la mission de l’unité engagée et fixé les limites (dont les règles d’engagement qui s’enrichiront forcément d’alinés dédiés aux robots); le maître du robot proprement dit, celui qui est relié et qui le commande directement », a-t-il écrit.

Y a-t-il des inquiétudes à savoir? Autant que pour un certain projet I.N.D.E.C.T. je dirais, mais comme on est en 2014, c'est moderne, il faut évoluer paraît-il... 

Sources: